Job 22, 1-30
| Les Ecritures livrent leurs sens multiples à l’étude contemplative |
Saint Jean Cassien
14ème Conférence, 10-11, SC 54, p. 196s
Frères, votre âme, élevée jusqu’à devenir, non seulement l’arche du divin Testament, mais encore le royaume sacerdotal, absorbée en quelque sorte dans les connaissances spirituelles, par son inséparable amour de la pureté, accomplira le commandement fait au pontife par le Législateur : Il ne sortira pas du sanctuaire, de peur qu’il ne profane le sanctuaire de Dieu (Lévitique 21,12), c’est-à-dire son cœur, où le Seigneur promet de faire sa constante demeure : J’habiterai parmi eux, je marcherai au milieu d’eux (2 Corinthiens 6,16).
Nous devons donc avoir le zèle d’apprendre par cœur les Ecritures sacrées, de les repasser sans cesse dans notre mémoire. Une telle méditation continuelle nous procurera un double fruit. D’abord, tandis que l’attention est occupée à lire et à étudier, les pensées mauvaises n’ont pas le moyen de rendre l’âme captive dans leurs filets. Puis il se trouve qu’après avoir maintes fois parcouru certains passages, en travaillant à les apprendre de mémoire, nous n’avons pu, sur l’heure, les comprendre parce que notre esprit manquait de liberté nécessaire. Mais, lorsque ensuite, loin de l’enchantement des occupations diverses et des objets qui remplissent nos yeux, nous les repoussons en silence, surtout pendant les nuits, ils nous apparaissent dans une plus grande lumière. Il est ainsi des sens très cachés, dont nous n’avions pas le plus léger soupçon durant la veille, et c’est quand nous reposons, plongés, pour ainsi dire, dans la léthargie d’un lourd sommeil, que l’intelligence nous en est révélée.
A mesure que, par cette étude, notre esprit se renouvelle, les Ecritures commencent aussi à changer de face. Une compréhension plus mystérieuse nous en est donnée, dont la beauté grandit avec nos progrès. Elles s’accommodent, en effet, à la capacité de l’humaine intelligence, terrestres pour l’homme charnel, divines pour le spirituel ; et tels qui les voyaient jadis comme enveloppées d’épais nuages, demeurent incapables d’en sonder la profondeur et d’en soutenir l’éclat.
