Timothée 2, 1-15

La vision d’Ostie

Saint Augustin

Confessions IX, 10, 24-25, p. s

          Le jour était imminent où ma mère allait quitter cette vie, jour que tu connaissais, toi, mais que nous ignorions. Il se trouva, par tes soins, j’en suis sûr, par tes secrètes dispositions, que nous étions seuls, elle et moi, debout, accoudés à une fenêtre. De là, le jardin intérieur de la maison où nous logions, se présentait à nos regards : c’était à Ostie, près des bouches du Tibre, à l’écart des agitations, après les fatigues d’un long voyage : nous y refaisions nos forces pour la traversée.

Nous parlions ensemble dans un tête-à-tête fort doux. Oubliant le passé, tendus vers l’avenir, nous nous demandions entre nous, en présence de la Vérité que tu es, toi, ce que pourrait être cette vie éternelle des saints que ni l’œil n’a vu, ni l’oreille entendue, ni le cœur de l’homme senti monter en lui. Mais nous tenions grande ouverte la bouche de notre cœur vers les eaux qui ruissellent d’en-haut de ta source, de la source de Vie qui est près de toi, afin d’en être arrosés selon notre capacité et de pouvoir de quelque façon concevoir une si grande réalité.

Et l’entretien nous amenait à cette conclusion : le plaisir des sens charnels si grand qu’on le veuille, placé en face de la félicité de l’autre vie, ne supportait aucune comparaison, et même ne paraissait pas digne de mention.

Alors, nous élevant d’un cœur plus ardent vers l’Etre même, nous avons traversé, degré par degré, tous les êtres corporels, et le ciel lui-même, d’où le soleil, la lune et les étoiles jettent leur lumière sur la terre.

Et nous montions encore au-dedans de nous-mêmes, en fixant notre dialogue, notre admiration sur tes œuvres. Et nous sommes arrivés à nos âmes ; nous les avons dépassées pour atteindre la région de l’abondance inépuisable où tu repais Israël à jamais dans le pâturage de la vérité. C’est là que la vie est la sagesse par qui sont faites toutes les choses présentes et celles qui furent et celles qui seront ; la sagesse, elle, n’est pas faite mais elle est comme elle fut, et ainsi elle sera toujours. Et même plutôt, l’avoir été, et le devoir être, ne sont pas en elle, mais l’être seulement, ce n’est pas l’éternel. Et pendant que nous parlons et aspirons à elle, voici que nous la touchons à peine, d’une poussée rapide et totale du cœur. Nous avons soupiré, et nous avons laissé là, attachés, les prémices de l’esprit ; et nous sommes revenus au bruit de nos lèvres, où la parole se commence et se finit. Mais quoi de semblable à ton Verbe, notre Seigneur, qui demeure en soi sans vieillir, et renouvelle toutes choses ?